AUX ORIGINES DE SOTTSASS, L’UN DES FAVORIS DU PROCHAIN QATAR PRIX DE L’ARC DE TRIOMPHE
 

02/10/2019


Le champion Sottsass, né, élevé et entraîné en Normandie


Le pur-sang anglais Sottsass, qui sera au départ du Qatar Prix de l’Arc de Triomphe 2019, sera la meilleure chance française dans ce défi mondial du Galop.
Sottsass est entraîné à l’hippodrome de Deauville-La Touques par Jean-Claude Rouget, l’un des meilleurs entraineurs de Galop. Il s’entraîne chaque matin à seulement quelques kilomètres de son lieu de naissance, le Haras des Monceaux.  Découvrez l’équipe réunie autour de ce champion.

Naissance en Normandie du champion Sottsass

L’écurie des Monceaux a été créée en 2003 par Lucien Urano, homme d’affaires dans le textile (Tony Boy, Tati…) et propriétaire-éleveur de chevaux de Trot. Souhaitant développer un projet ambitieux dans le Galop, il achète un haras historique en plein cœur du pays d’Auge, développé dès 1925 par l’Américain Ralph Beaver Strassburger, qui y fit naitre des champions tels que Norseman ou Worden, tous les deux troisièmes du Prix de l’Arc de Triomphe.



Lucien Urano confie la direction de sa structure à Henri Bozo (en photo), alors juste trentenaire, mais déjà doté d’une solide expérience. Henri Bozo est un enfant de la balle. Son père, Antoine, dirigeait le Haras du Mézeray – un des plus grands en Normandie.
Après des études de commerce, Henri Bozo parcourt le monde pour développer ses connaissances en élevage, entraînement, soin des pur-sang… Irlande, États-Unis, Afrique du Sud, Australie, Nouvelle-Zélande : autant de façons de faire que découvre le jeune homme.
Il revient en France, au Haras du Mézeray, pour seconder son père pendant deux ans, puis prendre sa suite à la tête du haras. C’est au bout de trois ans à la direction du Mézeray qu’il est démarché par Lucien Urano. Face à lui, une feuille blanche : il faut rénover le haras, recruter du personnel, acheter des juments…

Le Haras des Monceaux, une success story immédiate

En août 2009, le Haras des Monceaux présente pour la première fois des yearlings à Deauville, aux prestigieuses ventes Arqana. On y vend la crème de la crème de la production européenne de pur sang. Rapidement, les Monceaux se font une place de choix parmi les éleveurs français. Depuis 2012, l’écurie des Monceaux occupe même la tête des vendeurs à Deauville, en termes de chiffre d’affaires (= produits de la vente des yearlings).
Cette confiance des acheteurs est directement liée aux performances sur les hippodromes des chevaux élevés par les Monceaux. Seulement une dizaine d’années après les premières naissances au haras, les Monceaux comptent déjà neuf gagnants de Groupe 1 (le plus haut niveau mondial de la compétition hippique).
La dernière pépite de l’écurie des Monceaux se nomme Sottsass. Le poulain, entraîné à Deauville par Jean-Claude Rouget et propriété de l’Américain Peter Brant, a remporté au printemps le QIPCO Prix du Jockey Club, qui sacre le meilleur poulain de 3 ans en France. Il a confirmé le 15 septembre dernier en remportant le Qatar Prix Niel, préparatoire pour le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe, dont il est l’un des favoris.



Sottsass, le frère d’une championne

Sottsass a été acheté lors des ventes de yearlings d’août organisées à Deauville par Arqana. Le courtier Michel Zerolo, agissant pour le compte de Peter Brant, avait déboursé 340.000 € pour l’acheter. Une somme bien inférieure à celle du top price de cette édition (1,55 million d’€) mais supérieure au prix médian de la partie sélectionnée de la vente, qui s’élève à 160.000 €. Sottsass était ce que l’on appelle un yearling bien né.
Son père, Siyouni, est l’étalon tête de liste en France (le numéro 1 par les gains de ses rejetons). Il a été élevé par Son Altesse l’Aga Khan, et fait la monte dans son haras de Bonneval pour 100.000 € la saillie (acte de reproduction) aujourd’hui… alors qu’il avait débuté sa carrière de reproducteur au tarif de 7.000 € la saillie. Au fil des succès de sa production, son prix de saillie a progressé de façon significative et il est actuellement l’étalon le plus cher en France… et certainement le plus demandé aussi ! Quand Sottsass a été conçu, en 2015, Siyouni était proposé à 20.000 € la saillie.

La mère de Sottass, Starlet’s Sister (basée au Haras des Monceaux), est une fille du meilleur étalon du monde, l’irlandais Galileo. Elle n’a certes pas réussi à gagner une course pendant sa carrière, mais sa mère, Première Création, avait produit avant elle deux bonnes pouliches : Leo’s Starlet, gagnante de Groupe (les Groupes sont les meilleures courses), et Anabaa’s Creation, lauréate de Listed (juste en dessous des Groupes dans le calendrier).

Sottsass est le troisième produit de Starlet’s Sister. Son premier produit, la pouliche Sistercharlie, fille de l’étalon du Mézeray Myboycharlie, est une véritable championne. Après avoir débuté sa carrière en France, avec à la clé une deuxième place dans le Prix de Diane Longines sous les couleurs de Peter Brant également, elle a été exportée aux États-Unis, où elle est devenue tout simplement la meilleure jument américaine sur le gazon. Elle compte désormais six succès de Groupe 1 dans son pays d’adoption. Quand Sottsass est passé sur le ring d’Arqana, Sistercharlie n’avait que 3 ans. Elle venait de quitter la France pour les États-Unis et s’apprêtait donc à écrire sa légende. C’est ce qui explique que le prix finalement assez raisonnable de Sottsass : 340.000 €, c’est deux fois moins que son frère, vendu en août dernier pour 700.000 €…

Peter Brant (en photo), riche entrepreneur américain et plus grand collectionneur de Basquiat du monde), est véritablement tombé amoureux de cette famille. Il a aussi acheté le deuxième produit de Starlet’s Sister, My Sister Nat, gagnante de Groupe en France puis exportée aux États-Unis, ainsi que le quatrième, Radiant Child, âgé de 2 ans et qui n’a pas encore débuté.
Peter Brant a déclaré que son champion n’était pas à vendre. Pourtant, entre les 340.000 € déboursés en 2017, et la valeur actuelle du cheval, l’écart est immense ! S’il venait à s’imposer dans le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe, la valeur de Sottsass dépasserait sans doute les 10 millions d’€.
 


Comment lire une page d’un catalogue de vente ?

Voici la page du catalogue de la vente Arqana présentant Sottsass. Le pedigree du yearling (cheval d’un an révolu) y est détaillé, selon des règles qui sont codifiées au niveau international :
- Les gagnants de Groupe ou de courses principales (Listeds) figurent en capitales grasses,
- Les chevaux classés 2e et 3e des Groupes ou des courses principales figurent en minuscules grasses.
 



Jean-Claude Rouget présente Sottsass au départ du Qatar Prix de l’Arc de Triomphe 2019
 
L’entraineur Jean Claude Rouget entraine Sottsass à Deauville, sur le centre d’entrainement installé au cœur de l’hippodrome.
 
Jean-Claude Rouget est né en 1953 en Normandie. Son père Claude dirige alors le prestigieux haras de Saint-Pair du Mont. À la fin des années 1960, Claude Rouget quitte le haras et se lance en tant qu’entraîneur à Senonnes. Il sera un des bons entraîneurs de la région Ouest.



Sottsass avec Jean-Claude Rouget lors de sa victoire aux Qatar Arc Trials
 
Après avoir brillé sur les pistes d’athlétisme, spécialiste du demi-fond, Jean-Claude Rouget s’installe à son tour entraîneur à Pau en 1978… Il n’a que 25 ans. Au départ, il entraîne en majorité des chevaux d’Obstacle, avec lesquels il se taille rapidement une solide réputation dans le Sud-Ouest où ses pensionnaires remportent toutes les meilleures courses du programme local.
 
Mais en 1988, Jean-Claude Rouget gagne aussi les deux plus belles épreuves du Sud-Ouest en plat : le Derby du Languedoc et le Derby du Midi. Cette période marque un tournant dans sa carrière, avec un effectif qui évolue progressivement des sauteurs vers les chevaux de plat.
 
Bientôt, le Sud-Ouest ne lui suffit plus. Alors que les grandes courses françaises vivent sous une domination sans partage des entraîneurs « parisiens » – basés à Chantilly et à Maisons-Laffitte – Jean-Claude Rouget le « provincial » a l’audace de présenter un premier partant dans une course de Groupe (le plus haut niveau) à Paris en 1989 : Cut My Heart dans le Prix Robert Papin (Gr2). Le cheval venait de gagner une bonne course à Évry. Il ne finit que 8e, mais l’appétit est venu.
 
Les années 1990

En 1991, Flanaghan Cocktail lui offre un premier Groupe en plat, le Prix André Baboin (Gr3). La machine est lancée : il décroche 180 victoires en 1993, battant le record du plus grand entraîneur français du XXe siècle (François Mathet) – record qui tenait depuis deux décennies. De ce fait, il devient aussi le premier provincial à devenir « tête de liste » (n°1) des entraîneurs français au nombre de victoires.
 
En 1994, il bat son propre record avec 242 succès. Mais son succès est aussi qualitatif : il gagne en 1994 son premier Groupe 1 (le niveau d’excellence dans les courses de Galop), avec le succès de Millkom dans le Prix Jean Prat. Millkom remportera aussi, au même niveau, le Grand Prix de Paris.

Les années 2000 et au-delà
 
Le succès amène le succès. Dans les années 2000, il entraîne un effectif dont la qualité va en s’améliorant : dans les origines des chevaux, dans leur modèle physique, dans leurs aptitudes… Dès lors le rythme de ses victoires s’accélère.
 
En 2007, Jean-Claude Rouget reçoit pour la première fois des représentants de Son Altesse l’Aga Khan, une casaque mythique dans l’histoire des courses.
 
En 2010, il atteint le cap des 5 000 victoires.
 
2016, l’année du champion d’Europe Almanzor
 
En 2016, son protégé Almanzor (Prix du Jockey Club, Irish Champion Stakes & Champion Stakes) est sacré meilleur mâle de 3 ans en Europe. Rares sont les entraîneurs français à avoir remporté ce titre… Evidemment, c’est une nouvelle « première » pour la province !
 
Dans la foulée de Jean-Claude Rouget, de nombreux entraîneurs basés hors de la région parisienne ont fait sauter le plafond de verre qui séparait Paris de la Province. C’est un changement historique avec un nombre croissant de chevaux de qualité basés en régions – la première conséquence étant une accumulation des victoires de Groupe pour les professionnels du Sud-Ouest notamment.
 
Près de 170 chevaux à l’entraînement à Deauville et Pau
 
En 2019, Jean-Claude Rouget entraîne un près de 170 chevaux. Il a installé une deuxième base d’entraînement à Deauville (73 sujets), en parallèle de son effectif historique basé à Pau (96 sujets), afin de se rapprocher de Paris où ont lieu la majorité des grandes courses françaises.
 
Jean-Claude Rouget n’a pas encore inscrit son nom au palmarès de l’Arc.