Qatar Prix de l’Arc de Triomphe
Un recordman, un héritage, un rêve

17/05/2019


Le dimanche 6 octobre 2019, ParisLongchamp accueillera le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe. En 2018, ce « Groupe 1 » (le plus haut niveau de courses) a encore une fois été élue meilleure course du monde.
L’Arc, tel qu’on le surnomme, est chargé d’histoires… En voici quelques-unes.

Lanfranco Dettori, recordman du Qatar Prix de l’Arc de Triomphe… et favori de l’édition 2019 !
Il a la classe à l’italienne et est un showman dans l’âme. Le jockey Lanfranco "Frankie" Dettori est une légende vivante des courses : avec le jockey d’obstacle irlandais Ruby Walsh, retraité depuis peu, il est le seul à avoir son hymne chanté par les fans sur les hippodromes. Pour Ruby Walsh, c’était le célèbre Ruby du groupe Kaiser Chiefs (Ruby, Ruby, Ruby, Ruby !). Pour Frankie, c’est son nom (Lanfranco Dettori) sur le riff du Seven Nation Army des White Stripes.
Frankie Dettori est le jockey recordman de victoires dans le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe et il est le double tenant du titre, avec la championne Enable. Il décroche son premier succès en 1995, avec Lammtarra. En 2001, il s’impose avec Sakhee et conserve son titre en 2002, avec Marienbard. Il lui faudra attendre 2015 pour retrouver le chemin du succès dans l’Arc, avec Golden Horn. Et donc Enable en 2017 et 2018. En 2019, avec Enable, il va tenter d’entrer encore un peu plus dans l’histoire. Aucun cheval n’a remporté trois fois le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe. Mais Enable pourrait être plus forte que les statistiques. Au 16 mai 2019, alors qu’elle n’a pas encore fait sa rentrée cette année, Enable est d’ores et déjà la favorite du Qatar Prix de l’Arc de Triomphe 2019 chez les bookmakers anglais.

Urban Sea, gagnante du Qatar Prix de l’Arc de Triomphe en 1993… et en 2018 !
Le 3 octobre 1993, une petite jument alezane gagne le Prix de l’Arc de Triomphe. Elle s’appelle Urban Sea, appartient à la famille Tsui et est entraînée par Jean Lesbordes. A l’époque, les observateurs hippiques sont unanimes : Urban Sea ne serait pas une grande gagnante de Prix de l’Arc de Triomphe et cette édition 1993 n’allait pas rester dans l’histoire… La suite leur a donné tort !

Au haras, Urban Sea s’est transformée en une poulinière d’exception. Elle est la mère d’un gagnant de Qatar Prix de l’Arc de Triomphe : en 2009, son fils Sea the Stars confirme être le meilleur cheval du monde en remportant l’épreuve, après une saison absolument exceptionnelle : 2.000 Guinées de Newmarket, Derby d’Epsom, Eclipse Stakes, International Stakes, Irish Champion Stakes et Qatar Prix de l’Arc de Triomphe. Comme sa mère, Sea the Stars portait les couleurs de la famille Tsui…
 
Sea the Stars est désormais étalon. En 2018, une de ses filles est au départ du Qatar Prix de l’Arc de Triomphe : Sea of Class, qui porte aussi les couleurs de la famille Tsui ! Légère et alezane comme sa grand-mère Urban Sea, Sea of Class se classe finalement deuxième de l’Arc, échouant à une courte tête de la gagnante Enable.

Sea of Class a tracé une ligne droite d’anthologie, passant (presque) tout le peloton en revue mais buttant sur une pouliche exceptionnelle. En 2019, Enable et Sea of Class devraient de nouveau s’affronter dans le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe.

Même si Sea of Class a été battue, Urban Sea a été la grande gagnante du Qatar Prix de l’Arc de Triomphe 2019 : la poulinière apparait en effet dans les pedigrees des huit premiers de l’Arc 2018 ! C’est absolument exceptionnel.

Explications :
- Enable (première) : elle a pour père Nathaniel. Nathaniel est un fils de Galileo. La mère de Galileo est Urban Sea.
- Sea of Class (deuxième) : elle a pour père Sea the Stars, un fils d’Urban Sea (et donc frère de Galileo).
- Cloth of Stars (troisième) : comme Sea of Class, il a pour père Sea the Stars, fils d’Urban Sea. Cloth of Stars est entré au haras comme étalon en 2019, en France, au haras du Logis. Le sang d’Urban Sea va donc continuer à prospérer.
- Waldgeist (quatrième) : c’est un fils de Galileo et donc un petit-fils d’Urban Sea en lignée paternelle.
- Capri (cinquième) : comme Waldgeist, il est un fils de Galileo.
- Salouen (sixième) : sa mère, Gali Gal, est une fille de Galileo et donc une petite-fille d’Urban Sea en lignée paternelle.
- Kew Gardens (septième) : comme Waldgeist et Capri, c’est un fils de Galileo.
- Nelson (huitième) : c’est un fils de Frankel, qui est lui-même un fils de Galileo. Il est donc un petit-fils d’Urban Sea. Pour mémoire, Frankel, invaincu en quatorze sorties durant sa carrière de course, est considéré par certains comme le meilleur pur-sang de tous les temps.

Le rêve et la malédiction du Japon
Au Japon, le jockey Yutaka Take, âgé de cinquante ans, est une véritable star. Dans son pays, il est aussi célèbre que n’importe quel grand joueur de football le serait en France. Yutaka Take a un rêve : remporter le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe. Et son pays l’a suivi dans son rêve.

Yutaka Take explique : « Lorsque j’ai dit que je rêvais de gagner l’Arc, les autres m’ont suivi. Avant que je ne commence à en parler, il n’y avait pas beaucoup de personnes au Japon qui avaient cette idée de viser le Prix de l’Arc de Triomphe. J’ai commencé à en parler il y a une vingtaine d’années : j’ai monté mon premier Arc en 1994. C’était avec White Muzzle. Depuis ce jour-là, je veux vraiment gagner cette course. Avant cela, je voyais l’Arc à la télé, je lisais les articles dans les journaux. Quand je suis allé le courir en 1994, tout cela est devenu réalité et c’était quelque chose de presque féérique. »

Le Japon avait déjà eu des partants dans le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe avant que Yutaka Take ne rêve de l’épreuve. Mais peu : Speed Symboli avait tenté sa chance en 1969, se classant onzième. En 1972, Mejiro Musashi se classait dix-huitième et, en 1986, Sirius Symboli prenait la quatorzième place. C’était un autre temps et les déplacements du Japon vers l’Europe sont désormais bien plus faciles. La grande histoire du Japon avec le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe commence vraiment en 1999. Le début d’un rêve… Et d’une malédiction, diront certains observateurs.

En 1999, le champion japonais El Condor Pasa est au départ de l’Arc. Il accélère brutalement à la sortie du tournant final et se détache. A 200 mètres du poteau, il est encore en tête. Mais son principal adversaire, le champion Montjeu, réalise la course de sa vie et grignote mètre après mètre pour s’imposer d’une demi-longueur. El Condor Pasa est deuxième.

En 2006, le Japon envoie le meilleur pur-sang que le pays ait connu. Un crack : il s’appelle Deep Impact. Ils ne sont que sept face à lui et Deep Impact s’annonce imbattable. Les Japonais ont envahi ParisLongchamp pour assister à ce moment qu’ils pensent historique. Mais l’impensable se produit : Deep Impact est battu, concluant troisième. Pire encore, il sera disqualifié pour contrôle positif. Deep Impact a été malade quelques jours avant l’Arc et son organisme n’avait pas totalement éliminé la médication.

En 2012, le Japon envoie un autre champion : Orfèvre. Un talent fou mais le grain de folie est à la hauteur du génie. Orfèvre, associé à Christophe Soumillon, nous a fait vivre le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe le plus fou de ces dernières années. A la sortie du tournant final, il est encore dernier. Il passe le peloton en revue avec une facilité déconcertante, puis prend la tête ! « C’est fait ! », pense un pays entier.
 
Non, car Orfèvre est imprévisible. On ne saura jamais ce qui est passé dans la tête du cheval mais il se jette sur sa droite et perd de la vitesse. Derrière, le jockey Olivier Peslier, en selle sur Solemia, y croit : il lance la jument à la poursuite du japonais. Elle le rattrape, le dépasse, le bat. La malédiction a encore frappé. La cruauté ne s’arrête pas là : le jockey français Olivier Peslier a longtemps monté au Japon, durant l’hiver, et est adulé dans le pays, dont il a brisé le rêve un dimanche d’octobre 2012…
En 2019, sept japonais sont engagés dans le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe. Sept raisons de rêver.
 
Les partants japonais dans le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe
Année Âge Cheval Place Entraîneur Jockey
1969 6 Speed Symboli 11e  J. Winter Y. Nohira
1972 5 Mejiro Musashi 18e T. Kitano Y. Nohira
1986 4 Sirius Sykmboli 14e F. Palmer M. Philipperon
1999 4 El Condor Pasa 2e Y. Ninomiya M. Ebina
2002 4 Manhattan Cafe 13e F. Kojima M. Ebina
2004 7 Tap Dance City 17e S. Sasaki T. Sato
2006 4 Deep Impact Disq. Y. Ikee Y. Take
2080 5 Meisho Samson 10e S. Takahaski Y. Take
2010 4 Nakayama Festa 2e Y. Ninomiya M. Ebina
2010 3 Victoire Pisa 7e K. Sumii Y. Take
2011 5 Nakayama Festa 11e Y. Ninomiya M. Ebina
2011 4 Hirono d'Amour 10e M. Kon S. Fujita
2012 4 Orfevre 2e Y. Ikee C. Soumillon
2012 8 Aventino 17e Y. Ikee A. Crastus
2013 5 Orfevre 2e Y. Ikee C. Soumillon
2013 3 Kizuna 4e S. Sasaki Y. Take
2014 3 Harp Star 6e H. Matsuda Y. Kawada
2014 5 Just A Way 8e N. Sugai Y. Fukunaga
2014 5 Gold Ship 14e N. Sugai N. Yokoyama
2016 3 Makahiki 14e Y. Tomomichi C.-P. Lemaire
2017 4 Satono Diamond 15e Y. Ikee C.-P. Lemaire
2017 7 Satono Noblesse 16e Y. Ikee Y. Kawada
2018 4 Clincher 17e H. Miyamoto Y. Take