Focus sur les partantes de la ABU DHABI Poule d’Essai des Pouliches

Les favorites : SENGA ET VIA RAVENNA
Impossible de départager Senga et Via Ravenna avant cette Abu Dhabi Poule d’Essai des Pouliches.

Les deux portent les couleurs de leurs éleveurs. Senga provient de l’élevage de la famille Niarchos et défend la casaque de Flaxman Stables Ireland, l’entité irlandaise de cette écurie internationale, déjà lauréate à trois reprises de cette épreuve, avec la grande Miesque, en 1987, puis avec sa fille East of the Moon, en 1994, et enfin avec Divine Proportions, en 2005. Comme cette dernière, Senga est entraînée à Chantilly par Pascal Bary. Via Ravenna est quant à elle née en Normandie, au Haras de Saint-Pair, développé par l’Allemand Andreas Putsch. La casaque blanche, chevron marron et toque orange n’a encore jamais remporté cette course.

Chacune sa préparatoire

Les deux pouliches ont chacune gagné une épreuve préparatoire à l’Abu Dhabi Poule d’Essai des Pouliches. Senga s’est imposée à Chantilly dans le Prix de la Grotte – Étalon Kendargent (Gr3). Grande favorite de cette épreuve alors qu’elle effectuait sa rentrée, elle n’a devancé que d’une longueur La Sardane, le Petit Poucet de la course puisque cette pensionnaire de Bruno de Montzey ne comptait qu’un succès, dans une course modeste à Pau. On attendait sans doute un peu mieux de Senga, meilleure pouliche française à 2 ans sur la foi de sa quatrième place dans le Total Prix Marcel Boussac. Mais Stéphane Pasquier n’a pas voulu donner une course dure à sa pouliche avant le grand rendez-vous, et Senga aura sans doute beaucoup progressé sur cette sortie. Son talon d’Achille pourrait être son mental. La pouliche peut assez vite monter en pression, et avec l’ambiance particulière à Deauville, il ne faudrait pas qu’elle se montre trop tendue. Son atout sera son expérience, car elle a couru trois fois à 2ans, ce qui n’est pas le cas de Via Ravenna.

Une pouliche encore toute neuve

Via Ravenna, qui est l’atout du maître entraîneur André Fabre, n’a en effet débuté qu’en mars dernier, dans une épreuve disputée sur la piste en sable fibrée de Chantilly. Elle s’imposait facilement, d’une courte tête seulement, mais avec aisance. C’était suffisant pour lui ouvrir la porte des courses de Groupe, et cinq semaines plus tard, elle est au départ du Prix Imprudence (Gr3), sur les 1.400m de la ligne droite de Maisons-Laffitte. Sous la selle du jeune Vincent Cheminaud, elle s’est imposée d’une classe, au prix d’une accélération ébouriffante. Elle aura l’avantage d’avoir prouvé son aptitude aux parcours rectilignes, sur lesquels il faut savoir galoper bien détendu, mais aura-t-elle suffisamment de métier pour affronter un lot plus fourni ? Réponse samedi !

Du sang bleu

Côté pedigrees, c’est du sérieux des deux côtés. Senga a des origines américaines. Son père, Blame, a gagné trois Groupes 1 aux États-Unis, dont la célèbre Breeders’ Cup Classic, mais il n’a encore produit aucun gagnant de Groupe 1. Pour l’instant, seuls deux produits de Beta Leo, la mère de Senga, ont été vus en compétition et, outre Senga, elle a donné le bon Bolting, lauréat de Listed l’an dernier. Beta Leo est une descendante de l’une des juments base de l’élevage Niarchos, Coup de Folie. De cette dernière sont issus trois gagnants de Groupe 1, Exit to Nowhere, Coup de Génie (l’arrière grand-mère de Senga) et Machiavellian, étalon très influent.

Le père de Via Ravenna a aussi remporté la Breeders’ Cup Classic. Il s’agit de Raven’s Pass, qui attend, comme Blame, un premier lauréat de Gr1. Via Milano, la mère de la pouliche, était une très bonne jument de course, qui a notamment été lauréate du Prix des Réservoirs (Groupe 3) à 2 ans, et quatrième de la Poule d’Essai des Pouliches en 2004. C’est aussi une poulinière confirmée déjà à l’origine de trois sujets ayant des performances black types. La meilleure est Via Medici, qui a enlevé le Prix de Lieurey (Gr3).

Une O’Brien peut en cacher une autre

Les pensionnaires de l’Irlandais Aidan O’Brien sont toujours redoutables quand elles se déplacent en France. La plus titrée au départ se nomme Roly Poly, même si sa rentrée à Newbury, où elle a conclu seulement septième des Nell Gwyn Stakes, suscite quelques interrogations. À 2 ans, la pouliche avait montré un tout autre visage, gagnant un Groupe 3, un Groupe 2 et terminant deuxième des Cheveley Park Stakes (Groupe 1), l’une des meilleures courses pour femelles de 2 ans en Grande-Bretagne. Même si son palmarès est moins éloquent, il ne faut pas sous-estimer sa compagne d’entraînement Rain Goddess, quatrième récemment des Fred Darling Stakes, un Groupe 3 remporté par Dabyah. Rain Goddess était initialement entraînée par David Wachman, qui a cessé son activité en fin d’année. Elle a alors intégré l’effectif d’Aidan O’Brien, comme une certaine Winter, gagnante des QIPCO 1.000 Guinées.

La belle histoire : HEURISTIQUE

Heuristique porte les couleurs d’une toute jeune structure, l’Écurie de Montlahuc, développée par le fondateur des restaurants « hamburgers chics » Big Fernand, Steve Burggraf. Elle est entraînée par un jeune professionnel déjà confirmé, Francis-Henri Graffard.

En 2016, Heuristique a offert à son propriétaire un premier succès de Listed en remportant le Critérium du Languedoc (L) à Toulouse. Pour sa rentrée, elle s’est classée deuxième du Prix La Camargo, une autre Listed. Ce n’est pas suffisant pour lui voir une première chance samedi, mais assez pour participer à ce Groupe 1 avec des ambitions pour les places.

Heuristique, qui a été élevée au haras normand d’Étreham par Pontchartrain Stud, descend d’une souche qui a déjà donné une lauréate de Poule d’Essai des Pouliches : Torrestrella.

La « ROUGET » de l’année : TOULIFAUT

Jean-Claude Rouget sera représenté cette année par Toulifaut. L’entraîneur palois n’est autre que le triple tenant du titre de cette course, qu’il remportée au total à quatre reprises : avec Elusive Wave en 2009, puis avec Avenir Certain en 2014, Ervedya en 2015 et La Cressonnière en 2016.

Toulifaut, une fille du crack Frankel, est sans doute un peu en-dessous de ces juments. À 2 ans, elle avait aligné trois succès consécutifs pour ses trois premières sorties, dont l’important Prix d’Aumale (Gr3), pour les couleurs d’Andy Smith. La veille du week-end du Qatar Prix de l’Arc de Triomphe, elle était passée en vente chez Arqana et le courtier français Emmanuel de Seroux, installé aux États-Unis, avait mis l’enchère gagnante à 1,9 million d’euros pour le compte du grand propriétaire-éleveur japonais Katsumi Yoshida. Pour sa nouvelle casaque, elle a pris la huitième place du Total Prix Marcel Boussac, sans avoir connu une ligne droite très fluide. Lors de sa rentrée, alors qu’elle n’était pas encore fleurie, Toulifaut s’est classée quatrième du Prix de la Grotte – Étalon Kendargent. Elle vaut mieux que cette performance, mais une victoire paraît difficilement envisageable.

L’invaincue : WAJNAH

Wajnah est le vrai point d’interrogation de la course. La pensionnaire de l’entraîneur François Rohaut (qui en est aussi l’éleveur, en association avec le Haras normand de Saint-Pair) n’a couru que deux fois, à Bordeaux, pour deux victoires. Elle va passer un test grandeur nature samedi, car elle n’a jusque-là affronté que des lots plus modestes… Si ce n’est que lors de sa dernière sortie, elle a devancé de plus d’une longueur une certaine La Sardane, qui a fait galoper Senga jusqu’au bout dans le Prix de la Grotte – Étalon Kendargent !

Wajnah porte les couleurs qataries d’Al Shaqab Racing, devenu en quelques années un acteur majeur des courses internationales.

Sa sœur, Baïne, avait terminé deuxième de cette course en 2010, également pour l’entraînement de François Rohaut. Le Palois a remporté cette épreuve à deux reprises, avec Tie Black, en 2006, puis Torrestrella, en 2004. Il a la réputation d’amener ces pensionnaires en progression jusqu’au jour J. Il faut donc se méfier de Wajnah, une fille de l’étalon australien Redoute’s Choice, qui a stationné deux années au Haras de Bonneval, en Normandie, propriété de Son Altesse l’Aga Khan.

La supplémentée : FESTIVE

Alidar Utemuratov, le propriétaire de Festive, a déboursé 32.400 € mercredi dernier pour engager à la dernière minute sa pouliche. C’est ce que l’on appelle un engagement supplémentaire. Festive, qui est entraînée par Éric Saint-Martin (fils du légendaire Yves Saint-Martin et qui fut lui-même un grand jockey, notamment victorieux du Prix de l’Arc de Triomphe avec Urban Sea), avait gagné pour ses débuts, cet hiver à Cagnes-sur-Mer. Elle s’est ensuite classée troisième d’une épreuve dite de Classe 1 (l’étape juste avant les Listed-races) puis quatrième à Maisons-Laffitte, au même niveau. Au papier strict, ses performances ne lui confèrent qu’une seconde chance, mais la confiance de son entourage incite forcément à la méfiance.

L’atout Allemand : DÉLECTATION

Comme Wajnah, Délectation se présentera invaincue au départ de la course. Cette pouliche appartient à Australian Bloodstock, un syndicat australien qui a notamment gagné la plus grande course du pays, la Melbourne Cup, avec un cheval d’origine allemande, Protectionist.

Elle est entraînée en Allemagne par Andreas Wohler, qui ne l’a reçue que cette année. Elle compte trois succès pour autant de sorties et reste sur une victoire dans le Karin Baronin von Ullmann – Schwarzgold Rennen (Groupe 3). Elle sera pilotée par Eduardo Pedroza, lequel revient d’un hiver fructueux au Qatar.