Lundi 27 mars 2017

COMITÉ DU 27 MARS 2017
Discours de Monsieur Edouard de Rothschild, Président de France Galop

Chers amis,

Nous sommes aujourd’hui à un an de la réouverture tant attendue de Longchamp, après un an et demi de travaux.

Cette étape, qui coïncide avec l’achèvement du gros œuvre par l’entreprise Bouygues, m’a naturellement donné envie de vous réunir ici pour que vous puissiez vous aussi vous projeter dans ce nouvel hippodrome et commencer à prendre la pleine mesure de ce qu’il apportera de nouveau pour le public et les acteurs des courses.

Longchamp, ce n’est pas simplement une nouvelle tribune.

Longchamp doit marquer une rupture dans notre manière d’exploiter nos hippodromes. Il va en effet amener France Galop et ses équipes :

  • à transformer l’expérience des clients : du parieur au propriétaire, chacun doit pouvoir se dire qu’il y a un avant et un après Longchamp,
  • à inventer de nouvelles offres pour toucher de nouvelles clientèles,
  • à intégrer pleinement les nouvelles technologies dans les parcours clients,
  • à piloter l’ensemble des services offerts de manière plus professionnelle (les paris, la restauration, la gestion des partenaires commerciaux),
  • à développer des activités rentables, idéalement avec des partenaires, pour créer un flux d’activité tout au long de l’année.

Longchamp ne sera pas juste une belle vitrine des courses françaises, il doit être la locomotive du galop, l’hippodrome qui accélère la transformation de France Galop et donne un nouvel élan à notre activité.

Ce magnifique projet mobilise beaucoup de notre temps et notre énergie depuis plus d’un an et il constitue une priorité absolue pour les 365 jours qui nous séparent de l’ouverture.

Pour autant, le travail des équipes de France Galop ne se réduit pas à l’avènement de ce nouvel hippodrome.

Je suis arrivé à la Présidence d’un France Galop qui perd 30 millions d’euros par an. Mon premier objectif a été de mettre la maison en ordre de marche pour redresser cette situation, en procédant par étapes.  Quelques mois après mon élection, nous avons mis en place le plan France Galop 2020 dont les grandes lignes vous ont été présentées en juillet dernier. Ce plan, qui associe des actions de relance et des mesures d’économies, nous a amenés à travailler sur de nombreux fronts et je souhaitais en évoquer quelques uns ce matin avec vous :

                                                          

1// En premier lieu, j’ai fait en sorte que France Galop joue pleinement son rôle d’actionnaire du PMU.

Il m’est apparu évident à mon arrivée que le plan PMU 2020 ne suivait pas la trajectoire attendue et, avec Le Trot, nous avons demandé aux dirigeants du PMU de challenger ce plan en accélérant la mise en œuvre des actions qui fonctionnent, en remettant en question celles qui sont en-deçà des objectifs et injectant de la nouveauté dans leur plan stratégique. C’est ainsi qu’à l’automne, Xavier Hürstel a présenté un plan revisité, clairement recentré sur le pari hippique et prenant la pleine mesure du nécessaire redressement des enjeux dans notre réseau de points de vente, premier contributeur en chiffre d’affaires, en rentabilité et donc en ressources pour la filière. 2017 verra le PMU lancer de nouveaux paris, prendre la parole plus fortement dans les media et, on l’espère, enrayer la baisse des paris hippiques que nous subissons depuis plus de 3 ans.

2// Puisqu’il ne s’agit pas simplement de mettre sous tension le PMU, nous avons aussi entrepris de nombreux changements chez France Galop.

Le calendrier et le programme tout d’abord : voilà l’un des seuls leviers que nous avons entre nos mains pour enrayer l’érosion des paris hippiques qui représentent 90% des ressources de France Galop. Sans tabou, nous avons identifié les actions qui pouvaient contribuer à améliorer les enjeux sans dénaturer notre programme de courses du point de vue sportif :

  • Nous avons fait évoluer le programme des 2 ans. Alors que les enjeux ont globalement diminué de 1.3% sur la période allant de septembre à fin novembre, le chiffre d’affaires du PMU sur le périmètre de courses concerné par la réforme a progressé de 16%. Nous le devons en partie à une nette réduction des courses de moins de 8 partants qui génèrent en moyenne 40% de moins que des courses de 8 à 10 partants.
  • Fort de ces résultats et des remarques formulées par les professionnels sur cette réforme, nous poursuivons ce mouvement sur le programme des 3 ans en procédant à quelques adaptations. Les deux mois à venir nous éclaireront sur l’efficacité de cette mesure.
  • En matière de calendrier, nous avons transformé 12 réunions PMH en réunions Premium en positionnant ces courses sur des périodes où le potentiel de partants est là. Cette évolution s’avère tout à fait profitable puisqu’à mi mars, la croissance des enjeux au galop avoisine  7% et c’est en grande partie à ces réunions transformées que nous le devons.
  • Sur un plan plus sportif, nous avons fait le choix de muscler nos week-ends pour les rendre plus attractifs avec 17 courses de groupe supplémentaires les samedi et dimanche.

Deuxième forte inflexion : la digitalisation : France Galop avait un retard certain qu’il commence à rattraper avec des réalisations concrètes.

  • Le site internet a fait peau neuve à l’automne. Il est désormais facile d’utilisation sur toutes les interfaces y compris les tablettes et smartphones. L’accès simple et gratuit à tous les replays, mais aussi au Live, rencontre un vrai succès. Les propriétaires résidant hors de France peuvent enfin voir la course de leurs représentants en direct depuis leur mobile.
  • La digitalisation, c’est aussi la refonte du site pour les professionnels qui est un projet bien engagé. Une version beaucoup plus « user friendly » verra le jour à la rentrée ; les professionnels qui utilisent ce site quotidiennement y retrouveront toutes les fonctionnalités existantes plus des nouvelles, et surtout, ils navigueront sur une interface beaucoup plus ergonomique et fonctionnant parfaitement sur les tablettes.
  • La digitalisation, c’est également la sortie attendue cet été du « tracking ». Ce système de géolocalisation commun au Trot et au Galop est en gestation depuis plusieurs mois. Il s’annonce comme une évolution structurante dans notre manière de faire vivre nos courses, sur les hippodromes, devant un écran de télévision et depuis son smartphone. C’est un levier majeur pour séduire les jeunes générations en rendant nos courses plus lisibles et plus ludiques.
  •  La digitalisation, c’est enfin apporter de nouveaux services aux propriétaires et aux entraîneurs. C’est dans cet esprit que nous avons conclu un accord de partenariat avec la start-up Arioneo afin d’offrir un outil qui, non seulement permettra aux professionnels de mieux analyser l’entraînement de leurs chevaux, mais aussi de partager simplement et en temps réel toutes les informations importantes avec leurs propriétaires.

Troisièmement : réduire le déficit : France Galop est également engagé dans un plan de performance :

  • Comme vous le savez, nous travaillons au rapprochement des hippodromes parisiens (Longchamp, Saint-Cloud et Auteuil) qui fonctionnent encore aujourd’hui de façon trop indépendante. C’est un enjeu d’efficacité, de coût mais aussi une nécessité impérative pour être en mesure d’exploiter le Nouveau Longchamp avec les effectifs actuels. Ce projet rencontre des résistances parmi les organisations syndicales mais le dialogue renoué depuis la grève d’Auteuil doit permettre d’avancer intelligemment. France Galop n’a de toute façon plus les moyens de renoncer à des mesures aussi évidentes que celle-ci. 
  • Nous avons également pris la lourde décision de quitter l’hippodrome d’Enghien et de transférer l’essentiel des réunions à Compiègne. Abandonner Enghien fut difficile mais c’est une décision qui permet de réaliser 2 millions d’euros d’économies par an sans altérer la qualité des courses organisées. Je me réjouis des conditions dans lesquelles l’hippodrome de Compiègne a lancé la saison 2017. L’accueil des professionnels est bon et le meilleur est à venir puisque les parcours ne cesseront de s’améliorer d’ici la saison 2018.
  • Le budget marketing a été compressé de l’ordre d’un million d’euros dès cette année en évitant un repli sur soi qui serait dommageable au rayonnement de nos plus grands rendez-vous. Certaines dépenses comme l’organisation de réceptifs sont davantage visées par ce plan d’économies.
  • Les centres d’entraînement sont au cœur de nos préoccupations. Nous devons en réduire les coûts de fonctionnement d’abord. Cela passe notamment par un calendrier de travail aménagé différemment, comme nous le faisons à Maisons-Laffitte cette année. Parallèlement, nous devons provoquer les opportunités de relance de nos centres d’entraînement avec nos partenaires locaux. C’est par exemple, donner la possibilité au Syndicat Mixte de Deauville de céder des parcelles constructibles pour permettre à des entraîneurs de construire des boxes. C’est aussi mieux promouvoir nos sites auprès de professionnels étrangers qui envisagent une installation en France. C’est enfin offrir un guichet unique à ces entraîneurs pour faciliter leur venue, leur installation et la fixation de nouveaux propriétaires et effectifs supplémentaires dont nous avons tant besoin.
  • Sans renoncer à son principe, nous avons également obtenu du Fonds Eperon, une reprise de 7 millions de réserves constituées au fil des ans, considérant que la dotation annuelle de 9.6 millions et d’un fonds de roulement raisonnable ne mettait pas en danger le fonctionnement du Fonds. Pour l’avenir, je renouvelle mon attachement à ce Fonds tout en rappelant que France Galop le soutiendra à la hauteur de ses moyens.
  • Les équipes de France Galop, du Trot et du PMU travaillent aussi de concert depuis plusieurs semaines sur l’évaluation des synergies induites par le rapprochement de certaines fonctions support et une mutualisation accrue des achats. Sans être la panacée, nous ne pouvons passer à côté d’économies de bonne gestion telles que celles-ci.
  • Enfin, le nouveau patron du Pôle Media de l’Institution, Laurent Eichinger, avance à marche forcée sur un plan ambitieux de repositionnement de l’offre d’Equidia et de rationalisation des coûts de ce pôle images. Ce pôle représente une charge nette de 65 millions pour l’ensemble de l’Institution et des marges de manœuvre substantielles sont d’ores et déjà identifiées et actionnables dès le second semestre de 2017.

Comme vous le voyez, France Galop est bel et bien en mouvement pour faire face au mieux à la situation difficile que nous vivons.

Je l’ai exprimé clairement devant vous il y a quelques mois lorsque Xavier Hürstel et les équipes de McKinsey sont venus présenter le plan PMU 2020 : quand bien même le PMU parvient à délivrer les objectifs ambitieux qu’il s’est fixé, le résultat net attendu – et les économies à réaliser chez France Galop et dans les entités communes – ne permettront pas à la maison-mère de retrouver l’équilibre financier, seul garant de sa pérennité.

Nous devons bien admettre cette réalité qui m’amène à appréhender l’avenir à court terme de la manière suivante.

Tout d’abord, nous travaillons sur le volet politique. Pour la première fois, les candidats à la Présidentielle ont été invités par les maisons-mères à venir présenter leur vision de l’avenir de notre filière. Le 5 avril à Saint-Cloud, où je compte sur votre présence et la mobilisation du plus grand nombre, nous devons peser face à ces candidats pour leur faire prendre conscience et leur donner envie de défendre notre secteur d’activité, aujourd’hui menacé. Tous les candidats et leurs entourages seront équipés d’ici là d’un document de synthèse dressant un état des lieux de la filière et énumérant les principales mesures à prendre par l’Etat pour nous aider à franchir ce cap difficile.

Parallèlement, les Ministres – actuels – de l’Agriculture, du Budget et des Sports ont lancé un Grenelle de la filière. Le travail des services de ces ministères et des représentants des différentes composantes de la filière est arrivé à son terme. Dans ce contexte de fin de mandature, je n’attends pas de mesure spectaculaire à la hauteur des difficultés que nous rencontrons mais j’ai confiance dans l’adoption de certaines dispositions bénéfiques aux acteurs des courses. De nombreuses recommandations ont été formulées tant sur la procédure d’agrément des propriétaires que sur le régime fiscal des plus-values de cession.

Nous nous battons avec détermination et méthode mais comme je l’ai également déjà dit, on ne peut tout attendre d’un Etat déficitaire. Par ailleurs, le manque de visibilité lié aux prochaines élections présidentielles et législatives nous engage à ne pas simplement compter sur la signature d’un nouveau protocole avec l’Etat pour nous remettre à flot.

Gouverner, c’est prévoir. C’est pourquoi, nous devons nous préparer à tous les scenarios possibles, avec suffisamment d’anticipation, et faire preuve de sens des responsabilités en ne faisant l’impasse sur aucun sujet.

C’est dans cet esprit que nous avons commencé à discuter des encouragements 2018 lors du Conseil d’administration de lundi dernier. Nous sommes partis d’un état des lieux tout à fait précis et exhaustif de la manière dont sont employés les 280 millions d’encouragements actuels. Cela fut l’occasion d’un premier échange sur tel ou tel dispositif, sur les effets des inflexions de la politique d’encouragements des dernières années. J’ai également demandé aux administrateurs qui, pour certains, représentent les associations professionnelles élues au Comité, de travailler sur des propositions concrètes et écrites de réduction des encouragements dans le contexte de déficit structurel d’une trentaine de millions d’euros que nous connaissons. Je serais d’ailleurs ravi que les cooptés puissent aussi, via un groupe de travail ad hoc, formuler des propositions au Conseil d’administration.

Nous nous sommes fixés le Conseil du 22 mai pour remonter ces contributions, échanger et ainsi, alimenter la réflexion des administrateurs, étant entendu que c’est bien le Conseil qui sera souverain dans les décisions budgétaires qu’il aura à prendre.

Dans le même registre, nous devrons instruire, avec la Fédération Nationale et le Trot, la question de la rémunération des sociétés premium. Pour France Galop, c’est une enveloppe de plus de 30 millions par an.

Chers amis, la tâche est immense, parfois effrayante mais elle nous pousse à agir avec le sens des responsabilités. Pour conclure mes propos, je voulais vous citer quelques extraits d’un article paru dans L’Express :

« Aujourd’hui, en France, le monde du turf va mal : champs de courses qui ferment, PMU détrôné par le Loto, image de marque désuète… Les paris sont ouverts…

(….)

Aujourd’hui, l’âge moyen du turfiste est de 55 ans. Menacé de désuétude, le monde des courses paie pour avoir oublié d’épouser son siècle.

Depuis quelques années déjà, le PMU s’est échiné à gommer l’univers masculin, enfumé, pas franchement affriolant, de ses nombreux points de vente, relégués pour la plupart dans l’arrière-salle ou les sous-sols des bars-tabacs.

(…)

A la croisée des chemins, entre le terroir et la haute technologie, le petit monde des courses se rejoint au moins sur un point : les modes passeront, mais le cœur de l’homme gardera toujours une place pour sa plus belle conquête… »

Cet article est paru en 1994, il y a 23 ans déjà. Vieillissement de nos parieurs, image désuète, concurrence avec la Française des Jeux… Voilà un constat qui ressemble étrangement à celui que nous pouvons dresser aujourd’hui.

Personnellement, cet article me fait regarder l’avenir avec confiance. On enterrait les courses et le pari hippique en 1994 ? Et pourtant, nous avons fait mieux que survivre ! Entre 2000 et 2016, les encouragements distribués sont même passés de 161 millions à 280 millions d’euros.

En étant clairvoyants, courageux et responsables, je suis convaincu que nous saurons collectivement faire aussi bien et engager les courses de galop sur la voie du redressement et du renouveau.