Vendredi 12 mai 2017

ABU DHABI POULE D’ESSAI DES POULAIN

Statistiques

Du Qatar Prix Jean-Luc Lagardère à l’Abu Dhabi Poule d’Essai des Poulains

Logiquement, une bonne partie des vainqueurs du Qatar Prix Jean-Luc Lagardère sont ensuite dirigés vers l’Abu Dhabi Poule d’Essai des Poulains. Ce sera encore le cas cette année avec la présence de son lauréat, National Defense.

Dix-huit vainqueurs de la Poule avaient remporté le Grand Critérium à l’âge de 2 ans, de Rigolo en 1948, à Karakontie en 2014. L’avant-dernier, American Post, entraîné par Christiane Head-Maarek, avait remporté la première édition, rebaptisée Prix Jean-Luc Lagardère, sur 1.400 mètres.

Le Prix de Fontainebleau, la préparatoire la plus efficace

Au programme français, le Prix de Fontainebleau est, chronologiquement, la dernière épreuve de Groupe préparatoire à la Poule d’Essai des Poulains. Elle est aussi celle qui a fourni le plus de gagnants. Depuis l’après-guerre, 16 poulains lauréats du Prix de Fontainebleau ont ensuite confirmé dans la Poule. Parmi eux, on retrouve les noms de futurs grands étalons tels que Blushing Groom, Irish River, Kendor, Linamix. Les deux derniers, Silver Frost et American Post, avaient également débuté leur saison par un succès dans l’Omnium II. C’est Brametot qui a remporté le Prix de Fontainebleau cette année.

Le Prix Djebel, préparatoire aux Guinées mais aussi à la Poule

Le Prix Djebel est une autre préparatoire à la Poule. L’entourage du gagnant de l’édition de cette année, Al Wukair, a préféré traverser la Manche pour y disputer la version anglaise de la Poule d’Essai des Poulains, avec une troisième place à la clé. Ses dauphins dans le Djebel, National Defense et African Ride, seront présents à Deauville. Six poulains ont fait le doublé Djebel-“Poule d’Essai”, dont les deux élèves de Stavros Niarchos, L’Émigrant et Kingmambo en 1983 et 1993, et Style Vendôme en 2013.

Invincibilité en jeu

Deux poulains vont se présenter sur la côte normande sans avoir encore connu la défaite : Le Brivido et Inns of Court. Quatre poulains invaincus le sont restés au soir de la Poule d’Essai : Fast Topaze en 1986, Hector Protector en 1991, Ashkalani en 1996 et Clodovil en 2003.

Les supplémentés

L’Anglais Michael Dods a supplémenté son pensionnaire Kings Gift. Le lauréat de l’an dernier, The Gurkha, avait été supplémenté, tout comme deux autres lauréats dans le passé : Vahorimix et Victory Note.

Les victoires étrangères

Près de la moitié des concurrents de l’édition 2017 de la Poule arrivent d’Angleterre ou d’Irlande, dont trois de Ballydoyle (Irlande). Neuf poulains en provenance d’Angleterre ou d’Irlande ont inscrit leur nom au palmarès, dont quatre irlandais, tous élèves d’Aidan O’Brien, tenant du titre avec The Gurkha. Cinq anglais figurent parmi les gagnants dont Récitation, pensionnaire de Guy Harwood, premier vainqueur étranger de l’épreuve, et Shamardal, dernier en date.

FOCUS SUR LES PARTANTS

Le favoris: BRAMETOT

Le poulain français Brametot s’élancera avec le statut de favori dans l’Abu Dhabi Poule d’Essai des Poulains. L’entité qatarie Al Shaqab Racing a acheté la moitié du cheval en début de semaine, et en partage donc désormais la propriété avec Gérard Augustin-Normand. Brametot est entraîné par le Palois Jean-Claude Rouget et sera monté par le premier jockey de Gérard Augustin-Normand, l’Italien Cristian Demuro.

Brametot a acquis son statut de favori en remportant le Prix de Fontainebleau, Groupe 3 qui sert de préparatoire à cette épreuve classique. Ce jour-là, sur la piste de Chantilly, Brametot était encore dernier à l’entrée de la ligne droite et a passé en revue ses rivaux un à un, l’emportant aisément.

Cette tactique de course était délibérée. Brametot doit absolument être détendu dans un parcours, à l’arrière-garde, pour qu’il conserve son influx dans la phase finale. À 2 ans, quand son entourage a essayé de le placer plus près de la tête, le poulain n’a pas fourni sa meilleure valeur. Il avait ainsi été battu à Deauville, dans le Critérium du Fonds Européen de l’Élevage, qui reste sa seule défaite jusqu’à ce jour. Mais il s’est racheté ensuite en remportant le Grand Critérium de Bordeaux – Prix du Hong Kong Jockey Club, une course gagnée avant lui par le champion européen de l’année 2016 Almanzor.

Si Jean-Claude Rouget a remporté quatre fois la Poule d’Essai des Pouliches, il n’a jamais encore gagné son pendant pour les mâles. Ce serait aussi une première victoire pour Al Shaqab Racing, pour Gérard Augustin-Normand et pour Cristian Demuro. Et un sacré coup de projecteur pour le père de Brametot, le jeune étalon normand Rajsaman, dont les premiers produits ne sont âgés que de 3 ans. Rajsaman fait la monte au Haras de la Cauvinière et avait terminé dixième de la Poule d’Essai des Poulains en 2010, où il faisait le train pour son compagnon de couleurs Siyouni. 

La valeur sûre : NATIONAL DEFENSE

National Defense défendra les couleurs de Sun Bloodstock et l’entraînement de Christiane Head-Maarek, installée à Chantilly. Structure relativement récente, Sun Bloodstock a été développée par Ting Kong Cheng et Danielle Cheng depuis Hongkong. Ils ont des chevaux à Hongkong, à Singapour, en Angleterre et ont acheté un gros haras en Australie. National Defense a quant à lui été sacré meilleur 2 ans français l’an passé en remportant de bout en bout le Qatar Prix Jean-Luc Lagardère (Groupe 1) le jour du Qatar Prix de l’Arc de Triomphe. Pour sa rentrée cette année, désormais âgé de 3 ans, il n’a trouvé qu’Al Wukair pour lui barrer le chemin du succès dans le Prix Djebel. Al Wukair est allé tenter sa chance dans les QIPCO 2.000 Guinées de Newmarket, en Angleterre, terminant bon troisième. National Defense a donc le droit de viser la victoire, même si ce poulain très généreux devra canaliser son énergie, particulièrement sur le parcours rectiligne où il est difficile de gagner de bout en bout comme il aime à le faire. Christiane Head-Maarek, entraîneur de l’inoubliable Trêve, deux fois gagnante du Qatar Prix de l’Arc de Triomphe, a déjà remporté cette course à deux reprises, avec American Post en 2004 et Green Tune en 1994.

Le visiteur ambitieux : RIVET

Brametot et National Defense auront un concurrent sérieux avec la présence de l’anglais Rivet au départ. Il est déjà titulaire d’un succès de Groupe 1, acquis à l’âge de 2 ans dans le Racing Post Trophy, disputé sur la distance qu’il retrouvera dimanche. Rivet est entraîné par l’Anglais William Haggas et défend les intérêts d’un syndicat, The Starship Partnership, dont l’un des membres n’est autre qu’une légende du turf anglais, l’ancien jockey Lester Pigott (le beau-père de William Haggas), et qui comprend également John Magnier, Michael Tabor et le Sud-Africain Des Scott. Le poulain a effectué une rentrée correcte en prenant la deuxième place des Craven Stakes, l’une des préparatoires pour les QIPCO 2.000 Guinées. Son entourage a pourtant le choix de Deauville, car le poulain n’a jamais vraiment apprécié le tracé particulier (vallonné) de l’hippodrome de Newmarket. Il devrait logiquement être plus à l’aise sur l’hippodrome de Deauville-La Touques.

PEACE ENVOY, Le « Né en France » qui retourne sur ces terres      

Peace Envoy, l’un des représentants de la grande écurie irlandaise Coolmore, a été élevé en France. En effet, c’est un élève de l’entité normande Team Hogdala (famille Sundström) et il avait été vendu 125.000 € à ses futurs propriétaires. Il a déjà couru une fois en France, lors de son année de 2 ans. Il s’était classé troisième du Darley Prix Morny (Groupe 1). Pour sa rentrée, seulement 14 jours avant la Poule d’Essai des Poulains, il a conclu quatrième d’une Listed à Naas. Même s’il avait rencontré des problèmes de trafic dans la ligne droite, il aura besoin de rassurer au vu de ses titres. Il est gagnant de Groupe 3 et de Listed et placé de Groupe 1. Il découvrira les 1.600 mètres de Deauville et la distance la plus longue sur laquelle il ait couru est 1.400 mètres. Déjà pour cette course, son entraîneur, Aidan O’Brien, espérait le voir tenir la distance. Alors qu’en sera-t-il du mile ? Son père, Power, a gagné un Groupe 1 sur le mile, les 2.000 Guinées. Sa mère, Hoh My Darling, s’est imposée, même si c’était à moindre niveau, sur 2.000m. Aidan O’Brien pense que la distance ne sera pas un problème.

L’entraîneur est aussi représenté par Orderofthegarter. Il a fait forte impression lors de son succès dans le 2.000 Guineas Trial (L) à Leopardstown, sur un terrain plutôt souple.

Le point d’interrogation : INNS OF COURT

Invaincu en deux sorties, Inns of Court est difficile à juger. Le poulain qui défend la casaque bleue de Godolphin (famille Maktoum, de Dubaï) n’a couru que deux fois et a gagné facilement à chaque reprise, mais face à des adversaires qui sont loin d’avoir la qualité de ceux qu’on lui demande de battre dimanche. Il faut tout de même souligner que l’an dernier, il avait battu Stunning Spirit, que l’on a vu dans le Prix de Fontainebleau terminer à deux longueurs et demie de Brametot.

Inns of Court est préparé par le maître-entraîneur André Fabre, qui sera aussi représenté par Le Brivido. Comme son compagnon d’entraînement, Le Brivido est assez difficile à situer, surtout qu’il n’a jamais dépassé les 1.300 mètres. Néanmoins, il est invaincu en deux sorties et vient de gagner sur un parcours rectiligne.

MANKIB, digne de ses parents ?

Tamayuz, son père, avait échoué dans la Poule d’Essai des Poulains avant de se racheter en remportant le Prix Jean Prat et le Prix du Haras de Fresnay-le-Buffard – Jacques Le Marois. Natagora, sa mère, était une vraie championne, notamment lauréate des 1.000 Guinées et troisième d’un Prix du Jockey Club face aux mâles. Mankib est donc né dans la pourpre, et ce représentant du Cheikh Hamdan Al Maktoum, entraîné par Freddy Head, a déjà montré une certaine qualité. Assez pour s’imposer dimanche ? Ce n’est pas certain. Dernièrement, pour sa rentrée dans une Classe 1 à Maisons-Laffitte, il s’est imposé, mais avec moins de marge que ce qu’espérait son entraîneur. Il faudra donc qu’il accuse de nouveaux progrès pour être à l’arrivée, mais Freddy Head l’a toujours estimé. Il peut donc se révéler le jour J.

SOUTH SEAS, au nom du père

Le succès de Lope de Vega dans la Poule d’Essai des Poulains 2010 est encore dans la mémoire de tous les sportsmen. Malgré un mauvais numéro dans les boîtes de départ et un parcours à l’extérieur, l’alezan avait « refait le champ de course » pour venir s’imposer brillamment. Il avait ensuite remporté le Prix du Jockey Club et il est devenu un étalon de tout premier plan. Il sera représenté dans la course par son fils anglais South Seas, entraîné par Andrew Balding, et propriété de Qatar Racing, l’entité de course dirigée par le cheikh Fahad Al Thani. South Seas se plaît en France, où il avait terminé deuxième du Critérium International, à Saint-Cloud, l’an dernier. Sa rentrée, dans une course modeste disputée sur la piste en sable fibrée de Newcastle, suscite quelques interrogations.

KINGS GIFT, le supplémenté

Son entourage a décidé de le supplémenter, c’est-à-dire de payer 39.600 € pour qu’il puisse courir cette épreuve. Le représentant de Geoff et Sandra Turnbull a gagné deux fois durant sa jeune carrière, ses deux victoires ont été acquises à l’âge de 2 ans. Son père, Casamento, est un gagnant de Groupe 1, 2 et 3 sur des distances allant de 1.600 à 2.000 mètres. Kings Gift fait partie de ses meilleurs produits et pourrait apporter à son père la victoire de Groupe qu’il attend. Sa mère a gagné une fois sur 2.200 mètres.

Kings Gift va découvrir la France à l’occasion de cette course. Il connaît déjà les Groupes, même s’il n’a encore jamais réussi à bien s’y placer. Le pensionnaire de Michael Dods reste sur une quatrième place, pour sa rentrée, dans un Groupe 3 sur 1.400 mètres. Le cheval qui gagnait cette course, Barney Roy, a depuis conclu deuxième des QIPCO 2.000 Guinées (Groupe 1). Le deuxième, Dream Castle, a lui aussi couru les 2.000 Guinées et fini honorablement cinquième. Si ses propriétaires le supplémentent, c’est qu’ils lui voient une chance dans cette course à 15 partants. Propriétaires de Mondialiste – un cheval qui courait en France et a été gagnant de Groupe 1 aux États-Unis et au Canada –, ils sont habitués à disputer les belles épreuves.

AFRICAN RIDE, la surprise Française          

Quand on regarde ses performances, la candidature d’African Ride ne saute pas aux yeux. Mais il représente un trio bien connu en France. Ses propriétaires (les frères Wertheimer, également représentés par Spotify), son entraîneur (Carlos Laffon-Parias) et son jockey (Olivier Peslier) ont remporté la Poule d’Essai des Poulains pour la dernière fois en 2008 avec Falco. Son jockey l’a même remportée à nouveau depuis, en 2015, avec Make Believe. African Ride a des origines américaines. Son père, Candy Ride, est un cheval argentin qui fait la monte aux États-Unis. Sa mère, Paiota Falls, a été achetée 800.000 $ par les frères Wertheimer, toujours aux États-Unis. African Ride a couru deux fois à 2 ans, mais il a attendu ses 3 ans pour ouvrir son palmarès. Même s’il a effectué sa rentrée assez tôt dans l’année (au mois de février), sa victoire était assez convaincante pour que son entourage l’emmène sur les courses black-type. Il a ainsi gagné le Prix Montenica (L) et a conclu troisième du Prix Djebel (Gr3).